Niveau informatique des digital natives : la fin d’un mythe

La génération Y (ou digital native ) dispose d’une compétence incontestable aux yeux de beaucoup d’observateurs : la maîtrise complète des outils informatiques, du web et des smartphones. La presse est d’ailleurs l’un des relais importants de cette théorie. Pourtant une analyse sérieuse du phénomène amène le mythe à s’effondrer très rapidement.

Le grand quiproquo

La naissance d’un mythe des compétences informatiques de cette génération tient bien sûr à des observations bien réelles. Chacun de nous voit les adolescents branchés en permanence sur Facebook, des enfants de 3 ou 4 ans naviguer intuitivement sur un iPhone, des jeunes pirates mettre à mal la sécurité de firmes internationales… Cette génération apparaît donc comme des surdoués de l’informatique.

Il y a cependant un grand malentendu dans ce raisonnement : la confusion entre l’habitude culturelle et la compétence. Il ne suffit pas de connaître ou d’appréhender culturellement un objet pour être capable de l’utiliser correctement.

Pour éclairer mon propos, prenons l’exemple d’un produit nettement plus simple : la voiture. Aujourd’hui, les français connaissent complètement les voitures : l’équipement (volant, moteur…), le fonctionnement, l’utilité… Il existe donc une habitude culturelle incontestable du produit. Pour autant, la compétence des français au volant est loin d’être évidente. Il suffit de regarder les statistiques de la sécurité routière : nombre d’accident, nombre de français conduisant sans permis.

Le niveau informatique de cette génération

Vous n’êtes pas encore convaincu ? Regardons ensemble les statistiques autour de la compétence de la génération digital native. Dans cette génération, 34% des étudiants déclarent ne pas disposer d’un niveau informatique suffisant pour bien s’intégrer dans le monde du travail (Étude Statbel, 2007).

La France dispose d’un outil statistique remarquable pour évaluer objectivement la compétence de cette génération : le taux de succès au Certificat Informatique et Internet. En effet, on possède les résultats pour 350.000 étudiants pendant une période de 5ans.

Ce certificat est aujourd’hui passé par l’ensemble des étudiants entre la 1ère et la 3ème année universitaires. Il évalue le niveau des étudiants sur une maîtrise de la recherche sur internet, du système d’exploitation et d’un premier niveau en bureautique. Avant de passer cet examen, ils disposent d’une formation d’au moins 15 heures de cours. Le taux de réussite est inférieur à 36% !

Les statistiques détaillées sont disponibles en cliquant ici.

L’avenir de la génération digital native

Cette génération va devoir affronter l’accélération de l’évolution des outils informatiques avec le Cloud Computing. Cette révolution va l’amener à perdre tout ou partie de l’habitude culturelle actuelle. En bref, ils deviendront à l’image de leurs parents actuels dont ils se moquent aujourd’hui si facilement.

Mais habitude culturelle ou pas, l’enjeu est ailleurs. Cette génération devra disposer d’une actualisation régulière des compétences informatiques. Il est donc indispensable qu’elle dispose d’une formation tout au long de la vie aux outils informatiques.

  1. Je pense que cela est tout à fait vrai, mais il manque une facette à cette analyse : la génération Y ne maîtrise peut-être pas si bien que cela l’informatique, mais elle est bien plus capable que les générations précédentes à apprendre et à intégrer une utilisation correcte de ces outils …

    • Il y a une confusion dans l’article ci dessus comme dans bien d’autres sur la génération dites Y. Le niveau de compétence de la digital native en informatique n’est pas meilleurs ou moindre que ses aînés. Elle est « très » sensible à l’expérience utilisateur. Elle assimile + vite les fonctions informatiques des outils logiciels de tous poils, en particulier dans le domaine des contenus culturels. Exemple : Elle à besoin de s’accaparer les contenus musicaux en quelques clics et ensuite, parce que intuitive d’instinct, elle utilise correctement les outils de « faire savoir » et de partage… Si « l’avenir de la génération digital native » vous intéresse, je vous suggère vivement de vous documenter réellement en lisant les propos de Pierre Bellanger « La jeunesse: un mythe dépassé » http://bit.ly/sShByj

      • Bonjour Olivier,

        On est bien d’accord sur l’expérience utilisateur qui revient à la logique d’habitude culturelle évoquée dans l’article.

        Par contre sur la maîtrise suffisante des logiciels , les statistiques du C2I et de l’INSEE montrent bien l’origine du mythe.

        Je regarderai votre article avec plaisir.

    • Oui. Tout simplement car le nombre de programmeurs dans cette tranche d’âge est certes grande, mais il y a énormément de programmeurs non passionnés par ça, j’entends ceux qui suivent les cours, et c’est tout.
      C’est là qu’on trouve les vrais programmeurs qui eux, iront rejoindre une SSII grâce à des compétences largement au dessus de celles de la masse, et ainsi, pérenniser le marché du SaaS.

  2. Combien de personnes prétendent connaitre l’informatique juste parce qu’elles sont capables d’installer Windows, formater un disque dur ou changer une barrette mémoire…. L’informatique c’est bien plus que ca, un métier comme un autre qui s’apprend sur des années. De toute façon il suffit de travailler dans le secteur pour s’apercevoir que les prétendus « connaisseurs » font en général plus de bêtises qu’autre chose avec une machine.

    • Et encore ! Combien de Y (dont je fais partie !) sont capables de changer une barrette mémoire ?!? J’ai été très surprise de lire dans une étude récente combien de Y ne savaient pas ce qu’était une « requête » Internet. Bref, ils ne connaissent pas les opérateurs Booléens et autre joyeusetés. Ils utilisent le Net comme un sac fourre-tout sur lequel tout se trouve mais sans savoir comment organiser une recherche approfondie.
      Je crois que le problème est vraiment là : ils sont surtout à l’aise pour surfer sur Internet. Le reste de l’ordi, par contre… bof, c’est un peu de plastique autour de Google et Facebook, non ? ;)

  3. C’est l’une des spécificités de l’informatique de réunir des dimensions scientifiques et des dimensions usages très différentes ! Entre coder un site Internet et utiliser Word, il y a un monde…

    Par ailleurs je suis d’accord avec vous sur la perception souvent galvaudée du niveau informatique des apprenants.

    • Le problème ne viendrait-il pas d’un manque de vocabulaire ?

      Ma maman devant son ordinateur « fait de l’informatique » (bureautique de niveau basique), mais elle dit de moi (ingénieur en informatique de profession et diplômé) que je « fait de l’informatique », alors que cela représente des réalités bien… éloignées.

      Autre confusion : un de mes potes a un pote qui le sort fréquemment de ses « problèmes d’informatique » sur Mac (problèmes de manipulation ou de configuration) alors que moi je reste sec, n’étant familier que de Linux, voire Windows à la limite. Bref : je passe pour un « neuneu » et son pote, pas informaticien pour deux sous, est un vrai « Dieu de l’informatique » !

      Et de là arrivent tous les na(t)ifs du numériques qui confondent utilisation de logiciel, programmation, conception de systèmes informatiques, administrations système et réseaux (et mille et une autres spécialités informatiques professionnelles) : ce n’est pas leur faute, mais bon…

  4. En phase avec les propos de Raphaël sur le vocabulaire.

    Je me souviens, il y 3/4 ans maximum, une réunion avec des acteurs publics et privés dont le but était d’identifier une nomenclature des métiers de l’informatique.

    Soudain, un respectable Président d’une association de réinsertion des jeunes dans les métiers de l’informatique (ex. IBM) nous explique que c’est seulement après avoir passé plusieurs années dans un support informatique que l’on peut vraiment se considérer comme informaticien !

    Je lui répond simplement avec la question suivante : Un développeur en flash avec des dread locks et planche à roulette n’est alors pas un informaticien ? La discussion s’est continuée toute la matinée sur la sémantique des propos de chacun !

    Nul besoin de préciser qu’un choc de culture et de génération venait d’avoir lieu.

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  11. Effectivement je suis plutôt d’accord avec cet article. Le on nombre d’étudiants savent utiliser un ordinateur mais très peu connaissent et/ou comprennent le fonctionnement de celui-ci.
    Ensuite utiliser un traitement de texte, aller sur internet ou même utiliser les fonctions basiques d’Excel ne fait pas de l’utilisateur un « pro » de l’informatique.

    Comme on en parle en dessous, dans les autres commentaires, je pense aussi que l’évolution ultra rapide des technologies aura raison de « notre génération Y ». Pour information j’ai 22 ans, passionné d’informatique mais pas informaticien pour autant !

    Digitales Native oui je le suis… Mais à 50 ans suivrais-je encore le rythme ? J’en suis moins sur !

    • Ce qu’il faut prendre aussi en compte dans l’appréciation des compétences informatiques des digital natives ce sont leurs capacités cognitives liées à l’age. Jeunes ils sont au top de la flexibilité cognitive une des capacités fortement sollicitées par les interfaces informatiques. il est trop tôt pour évaluer l’évolution de leurs compétences quand ils feront face comme tout un chacun au déclin cognitif soit dé 40 ans . C’est là ou leurs connaissances informatiques prendront toutes leur importance car elles devront prendre le relai
      D’ou l’importance de la formation…

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